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« Au début, nous n’avions que des bancs, de l’intelligence et de la volonté ! »

le 1 octobre 2016

Gérard Ferey, physico-chimiste, professeur à l'UVSQ de 1996 à 2009, créateur et directeur des instituts Lavoisier et Lavoisier-Franklin. Académicien. Médaille d'or 2010 du CNRS

Entre vos premiers échanges avec Michel Garnier et la création officielle de l’Institut Lavoisier à l’UVSQ, il se passe deux ans… d’âpres négociations ; racontez-nous.

Gérard Férey : Tout débute en 1994. Michel Garnier souhaite développer la recherche à l’UVSQ et se rapproche du CNRS. À l’époque, j’y suis directeur adjoint du département de chimie. Nous nous rencontrons ; ma candidature intéresse Michel Garnier, seulement si son ministre (à l’époque, François Fillon) est d’accord. Le hasard veut que je le rencontre le même soir dans le train qui nous mène tous deux au Mans où j’enseigne alors. « Vous avez ma bénédiction ! », me dit-il une fois mon projet exposé. Je monte alors un projet scientifique et financier en précisant bien que tant que les budgets nécessaires à la création du laboratoire ne seront pas débloqués, je ne déposerai pas ma candidature. Après de multiples allers et retours, le directeur général des enseignements supérieurs accepte mes conditions, y compris le versement de 30% des fonds dès la création du laboratoire et le reste six mois plus tard. Le 1er janvier 1996, l’Institut Lavoisier est officiellement créé.


Très rapidement, le laboratoire obtient ses lettres de noblesse et une forte renommée internationale : comment l’expliquez-vous ?

G.F. : Tout était à créer et j’ai eu toute liberté pour le faire. J’ai pu choisir de recruter une équipe jeune et passionnée pour travailler sur mon sujet favori: les solides poreux à squelette inorganique et/ou hybride. Très rapidement, nos travaux ont eu un retentissement international. Nous étions effectivement les seuls au monde à comprendre leurs mécanismes de formation et à prédire leur structure.

En 2009, vous passez la main à l’un de vos anciens thésards, Christian Serre, mais l’heure de la retraite ne sonne pas pour autant pour vous et vous vous engagez dans un tour de France des lycées dans le but de promouvoir votre discipline.

G.F. : Avant que la recherche ne me passionne, j’ai enseigné en classes de 6e et de 5e durant trois ans en Normandie. J’en ai toujours gardé cette fibre de l’enseignement. J’ai donc voulu valoriser la chimie auprès des jeunes. Ma stratégie est bien rodée : un mois avant ma venue, je demande à connaître la liste des questions que les lycéens, eux, se posent et je bâtis ma conférence pour y répondre. Et cela fonctionne : les élèves arrivent souvent en traînant des pieds, mais, très rapidement, ils se prennent au jeu. À la fin, j’ai le bonheur de voir des étoiles dans leurs yeux !